Les turbulences de l’édition scolaire
Clément Laberge
Dans un texte bien articulé datant de 2005 — mais qui semble vouloir refaire surface depuis quelques jours — Jean-Pierre Archambault interpelle sévèrement les éditeurs scolaires papier ainsi que les éditeurs de ressources numériques comme ceux qui sont réunis dans le CNS. Quelques extraits de Les turbulences de l’édition scolaire:
« …l’édition scolaire ne peut pas demeurer en l’état. Elle se doit de s’adapter, ce qui ne signifie nullement qu’elle soit condamnée à disparaître, bien au contraire. Simplement, les règles du jeu et les rapports de force changent. Deux attitudes sont possibles. La première, s’arc-bouter sur des situations acquises et confortables, risque fort de mener à terme dans une impasse. […] Deuxième attitude, évoluer, redéfinir son rôle et son utilité sociale, en faire la preuve, se relégitimer. […] Ils doivent également partager la “certification de la qualité”. […] »
« …deux stratégies à venir possibles pour les sociétés d’édition : soit le retour au modèle classique de l’information rigidement liée à son support physique, ce que certaines techniques de marquage pourraient permettre, annulant ainsi les bienfaits économiques de la numérisation et de la mise en réseau ; soit la mise en place d’un modèle nouveau dans lequel la valeur de l’information, construite à partir des services, se réalise selon des modèles économiques divers : abonnements des collectivités locales, facturation à la prestation, participation des opérateurs de télécoms au financement, publicité, parrainage. […] »
« Un modèle économique pour les ressources éducatives doit intégrer l’existence d’une culture du gratuit, les interactions entre le web marchand et le web gratuit, une tendance, encore émergente et pour certains métiers seulement, à des frontières un peu poreuses entre temps de travail et temps de loisir, activité professionnelle et bénévolat, entreprises et associations. […] »
« Alors, vers un « Napster éducatif » d’auteurs-utilisateurs, dans lequel les éditeurs publics et privés trouveraient naturellement leur place, notamment en aidant à faire se rencontrer l’offre et la demande ? Il y de la place pour des synergies et des partenariats regroupant les éditeurs publics et privés, les enseignants et leurs associations, les collectivités territoriales, les structures Éducation nationale comme les inspections académiques ou de circonscription, dans de nouveaux modèles économiques éditoriaux. »
Alors, vous êtes d’accord? Cela ne soulève-t-il pas bien des questions? Êtes-vous prêt à jouer ce jeu? Pourquoi? Est-ce que l’exemple-modèle du Napster éducatif est aussi vertueux que Jean-Pierre Archambault peut le laisser entendre?
Je vous laisse lire le texte entier dans les prochains jours et formuler des commentaires au bas du texte — ce que je ne manquerai pas de faire non plus.
Je me permets par ailleurs de mettre cette réflexion en relation avec cette autre conversation qui a pris forme dans les derniers jours sur le blog de Gilles Jobin, un enseignant québécois en rapport avec la possibilité que les commissions scolaires (ou les académies) puissent payer des enseignants pour produire des capsules vidéos pédagogiques. À lire… et pourquoi ne pas intervenir?
Rappelons également ce texte sur la demande de l’Association EPI concernant les ressources libres en éducation dans le contexte de l’élection présidentielle…
Posté dans Débats |

13 février 2007 à 10:01
Qu’est-ce qui se cache derrière tout ça, des profs qui rêvent d’être auteurs, des profs qui rêvent d’être éditeurs, des éditeurs qui rêvent d’être profs, des parents qui rêvent d’être profS… décidément, bien des problèmes d’orientation et de culture de l’entreprise… ou de reconversions en perspective… OSEZ, OSONS réaliser nos rêves… OSEZ changer! ceux qui le font en général réussissent très bien…trouvez votre voie avec CANALMETIERS.TV!!!!!!
13 février 2007 à 5:03
Voici un commentaire plein d’évidence d’étranger.
Le noyau de valeur ajoutée des éditeurs est la transformation didactique d’information. Pour l’enseignement primaire en secondaire ça signifie la construction d’un programme scolaire (par exemple de mathématique de compréhension des nombres - pour les petits - jusqu’à l’aptitude de multiplier des fractions). Cette construction est un travail très précise dans quel les auteurs, les rédacteurs, les illustrateurs font des textes pour l’instruction, des exercices, des examens, des exercices spéciaux pour les élèves avec difficultés dans une cohésion solide et éprouvée.
Jusqu’à ici le résultat consiste en un grand pile de livres : des manuels pour les professeurs, des manuels pour les élèves, des livres de travail pour les élèves (dans quels ils écrivent), des examens.
Depuis quelques années petit à petit des partis des manuels changent en logiciel et je suis convaincu qu’après encore quelques années (avec l’introduction de tableau numérique) une méthode ne consistera que de logiciel pour le professeur (avec le manuel, la registration des résultats des élèves, le logiciel pour tableau numérique avec l’instruction), de logiciel avec les exercices et les examens) et des livres de travail pour les élèves. Le business model pour vendre ces matériaux sera sans doute un system de licence : une école s’abonnera à une méthode.
Vous comprendrez bien que ces revenues sont nécessaires pour continuer notre travail: le développement des prochaines méthodes d’une haute qualité. Vous comprendrez également que tout ce system s’effondre si une ou quelques parties seront mis disponible gratuites.
Et qui feront ce logiciel ? Les enseignants ? J’aimerais qu’ils donnent leur temps à enseigner leur élèves ; la tache pour quelle ils ont l’expertise et la compétence. Evidement je peux m‘imaginer que n’importe qui pourrait construire de logiciel de ‘ligne de nombres’ ou ‘division d’une tarte’. mais cette sorte de logiciel manque une base de didactique et de cohésion avec les autre partie d’un programme scolaire.
Bref, si on laisse le développement à des groupes de volontaires je crains aussi la quantité de logiciel pédagogique que le niveau de qualité de ce logiciel se diminuera. Cette issue on ne devrait pas vouloir.
Rob Houtenbos, editeur (Pays-Bas)
16 février 2007 à 12:59
Merci pour cette info et ces extraits choisis, dont je ne peux qu’approuver la justesse de vues.
Le rôle futur des éditeurs scolaires sur le web est fondamental et indispensable, et il serait terriblement dommage qu’ils ne sachent pas s’y adapter. Il est en effet logique et inévitable que plus la quantité d’informations augmente plus on a besoin de la hiérarchiser, de la filtrer, de la commenter, de l’animer et de la fédérer. Comment par exemple feront les élèves pour se repérer et trouver une juste information dans les 15 millions de livres numérisés de Google ?
Nous sommes encore dans une phase de montée en puissance du web qui est essentiellement quantitative, et cela va durer un certain temps encore - par exemple avec les chantiers de numérisation. Mais au-delà se profile un véritable eldorado éditorial ! Nous avons à notre disposition un “matériau” informationnel extraordinaire (toute la richesse du web) à mettre en forme et à mettre en scène. Et l’information et sa mise en scène, n’est-ce pas là très précisément notre métier ?…
La question n’est donc pas de savoir si les éditeurs scolaires ont un rôle à jouer sur le web : c’est une évidence. Et c’est même leur responsabilité vis-à-vis des jeunes générations de ne pas laisser les élèves “se débrouiller tous seuls” avec Internet. La seule et unique question est de savoir comment ils seront rémunérés.
La réponse à cette question complexe repose que la capacité qu’aura le système (1) à faire émerger la reconnaissance de la valeur ajoutée d’un travail créatif, artistique, éditorial ou technique (intelligence des logiciels) et (2) à mettre en place des modèles économiques de paiements (directs ou indirects) souples et adaptés pour l’accès à ces ressources. Et force est de constater que la solution miracle n’a pas encore été trouvée.
Je suis très confiant sur le premier point en une forme d’autoadaptation du système faisant émerger la valeur des choses, car cela s’est toujours produit dans tous les domaines de l’activité humaine : il n’y a aucune raison a priori pour que la qualité d’un travail ne soit pas reconnue et valorisable. Pourquoi en serait-il autrement sur le web ? N’est-ce pas déjà le cas ?
Donc, éditeurs, ayez confiance, le web est une formidable opportunité, comme sans doute il n’en arrive que tous les quelques siècles…
(Laurent Catach, Dictionnaires Le Robert)
20 février 2007 à 9:56
En toute (im)modestie, je crois que leWebPédagogique ressemble par quelques aspects à ce que M. Archambault appelait de ses voeux. Nous accueillons aujourd’hui plus de 370 professeurs sur une plate-forme ouverte, gratuite pour les internautes, fondée sur un modèle économique de média et partageant les revenus équitablement avec les auteurs…