« L’offre des éditeurs ne correspond pas à la demande »

29 mars 2007 par Clément Laberge

De retour des 12e Rencontres de l’ORME, qui se déroulaient la semaine dernière à Marseille, Lucille Donnat nous offre trois textes via l’Infobourg dont un s’intitule Nouveaux usages, nouvelles offres éditoriales ?. Elle y fait référence à plusieurs interventions d’éditeurs du CNS — dont l’INA, Edumedia et Euro-France — tenues à l’occasion d’une table ronde tenue le 21 mars. Extraits:

« Tous les éditeurs ont tenu à défendre la valeur ajoutée de l’édition professionnelle par rapport à tout ce que le Web peut offrir gratuitement. Ils ont aussi tous rappelé le partenariat très important qui relie les enseignants et les éditeurs. L’usager reste au centre des préoccupations des éditeurs. »

« La question du modèle économique a été évoquée. Selon Caroline d’Atabekian, l’offre numérique a encore du mal à s’installer car le modèle économique n’est pas adapté. Elle considère que les abonnements variables selon le nombre d’élèves par établissement sont injustes. Elle souhaite qu’un meilleur modèle économique puisse être trouvé.  »

« Cette table ronde a permis de montrer les divergences entre le point de vue des éditeurs et des enseignants sur l’épineuse question du modèle économique. Mais elle a aussi montré la volonté des deux côtés de continuer à travailler conjointement et établir une vraie complémentarité. »

J’ai envie de dire que c’est bien beau tout ça… mais comment peut-on aujourd’hui travailler ainsi « à établir conjointement une vraie complémentarité »? Quelle expertise reconnaît-on aujourd’hui aux éditeurs? Et surtout, à quelles pratiques les enseignants et/ou les CTICE souhaiteraient que les éditeurs puissent répondre — de façon réaliste, au plan économique, j’entends?

Parce que sur le fond, nous sommes bien d’accord, il faut que les ressources offertes par les éditeurs évoluent rapidement vers d’autres formes: c’est une intention partagée. Et on peut en parler très longtemps, mais si on veut le faire, par où est-il préférable de débuter?

Et peut-on aller jusqu’à se demander sur quelle aide il serait légitime pour les éditeurs de pouvoir compter? Ou même, sans parler d’aide, sur quels messages des pouvoirs publics les éditeurs devraient-ils être en mesure de s’appuyer? Quand on affirme encore aujourd’hui « qu’en 2007, tous les élèves et tous les enseignants, de la maternelle à la terminale, devraient pouvoir disposer d’un bureau virtuel » (Educnet) et qu’on rencontre des académies qui nous disent que leur plan prévoit qu’au mieux en 2012 ils auront complété le travail pour les collèges et les lycées… je pense que je peux légitimement soulever ces questions au nom des éditeurs qui ont cru au modèle des ENT au point d’y investir lourdement.

J’irai même plus loin en suggérant que si plusieurs critiques adressées aux éditeurs sont probablement fondées, il est néanmoins tout à fait injuste d’affirmer de façon péremptoire — comme je l’ai souvent entendu à l’ORME — que les usages des ressources numériques ne se développent pas « simplement parce que l’offre des éditeurs ne correspond pas à la demande ». C’est trop facile! Quelle est-elle cette demande? Il faut voir sa complexité, tant au plan technique (évitons l’énumération) qu’en termes pédagogiques où, si on entend beaucoup les pionniers des TICE exprimer leurs souhaits… ce ne sont pas toujours les mêmes besoins qui nous sont remontés dans toutes les classes.

Bien sûr, que c’est le métier de l’éditeur que de pouvoir s’adapter, et de savoir développer des produits qui peuvent s’adapter à différentes clientèles (encore qu’il y a forcément une période d’apprentissage pour arriver à le faire aussi bien dans un environnement numérique que sur le papier). Bien sûr c’est plus facile de le faire avec les enseignants. Bien sûr que c’est ce que nous tentons de faire…

Je pense qu’il est néanmoins pertinent de s’interroger, collectivement, aujourd’hui, sur la place que nous souhaitons voir prise par les éditeurs dans l’écosystème scolaire; sur les coûts qui sont légitimement associés à ce rôle; sur la part d’idéologie qu’il est raisonnable de mettre dans les réponses qu’on apportera à ces questions; ainsi que sur les standards qui pourront servir à évaluer leur performance — notamment en termes de statistiques.

Sur cela (la dimension statistique), j’aurai d’ailleurs sans doute l’occasion de revenir dans les prochains jours…

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La discussion s’anime…

27 mars 2007 par Clément Laberge

Je me suis permis un billet d’humeur la semaine dernière… au détour de quelques informations qui m’avaient incommodées. J’espérais évidemment que cela puisse susciter quelques réactions, afin de voir si j’étais le seul à m’interroger ainsi… et à pousser quelques soupirs devant l’état des lieux dans l’édition de ressources éducatives numériques.

Faire ce genre d’intervention comporte toujours un certain risque — celui de se faire reprocher notre opinion ou notre prise de position (vous avez été d’ailleurs été nombreux à me signaler votre étonnement devant ce texte) — mais l’expérience m’a maintes fois démontré que bien qu’on ne ressort pas toujours indemne de cette prise de risque, on en est que très rarement perdant, au plan personnel, et absolument jamais, au plan collectif. C’est pourquoi il faut oser — et c’est toute la puissance des blogs.

Alors d’ici à ce que je prenne le temps de poursuivre ma réflexion de façon plus structurée, je vous invite à aller lire les commentaires qui se sont inscrits à la suite de mon billet d’humeur… et à vous joindre à la discussion.

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Des ressources éducatives numériques: à quel prix?

21 mars 2007 par Clément Laberge

Ne me tenez pas rigueur du texte qui suit, qui mériterait sans doute quelques nuances, mais devant tous les défis auxquels les éditeurs (et notamment, mais pas particulièrement les éditeurs du CNS) sont aujourd’hui confrontés et qui, loin d’être théoriques, font en sorte que le quotidien de plusieurs d’entre-nous est de plus en plus périlleux, j’ai envie de pousser un petit cri du coeur. Parce que…

Au moment où se débutent les 12e Rencontres de l’ORME;

Au moment où on rapporte que le marché européen des TIC est en progression;

Alors que le déploiement des ENT semble prendre du retard; et qu’en conséquence, une foule de projets alternatifs de mises en réseaux voient le jour autour de l’éduc;

Alors que pratiquement tous les éditeurs de ressources éducatives numériques constatent une chute très importante de leur chiffre d’affaire pour la fin de l’année 2006 et le début de l’année 2007; et que les usages des TICE tardent à se déployer;

Alors que personne n’est dupe des invraisemblables annonces à l’effet que « le marché de l’édition scolaire multimédia “s’est stabilisé autour de 10 millions d’euros avec le CNS et le KNE […] devrait connaître une légère reprise pour parvenir à environ 13 millions d’euros […] pour atteindre environ 20 millions » et que « dans le secondaire, “30% à 40% des enseignants utilisent le numérique en classe et les usages sont systématiques dans tous les lycées professionnels »;

Je m’inquiète de voir enfler le discours bien pensant qui alimente habilement l’illusion selon laquelle il serait possible de libérer l’école des éditeurs et que, bientôt, toutes les ressources éducatives pourront être gratuites — comme s’il ne coûtait rien de les développer, comme si le travail des auteurs et des créateurs n’avait pas à être rémunéré et comme si, le plus souvent, les charges financières associées n’étaient pas directement reportées sur l’institution;

Et même si je me réjouis en constatant que le Ministère de l’Éducation a heureusement fait une place aux ressources éducatives développées par des éditeurs dans son opération Une clé pour démarrer, je suis perplexe quant à la suite… et sur la façon d’aborder aujourd’hui le développement des ressources éducatives.

Décidément, je pense qu’il est temps d’élargir la réflexion, de faire ensemble un état des lieux sans complaisance, et de nous mettre en ordre de bataille pour voir à ce que soient rapidement réunies les conditions nécessaires au développement de nos entreprises dont l’expertise est — rappelons-le sans gène — absolument nécessaire au bon fonctionnement de l’école.

Misérabiliste? Certainement pas! Confiant dans l’avenir? Certainement! Sauf que le contexte actuel me semble terriblement malsain — pour tout le monde! Et pour l’école, au sens le plus large.

Voilà ce que j’avais envie d’exprimer, sans trop peser mes mots, ce matin. N’hésitez pas à réagir…

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L’école du futur (sans les TICE?)

20 mars 2007 par Clément Laberge

Le Café pédagogique, et Mario Asselin à la suite, font référence à la fantastique initiative de Jacques Nimier qui a posé à un certains nombre de personnalités la question suivante:

« De quelle façon est-il possible d’aborder, dans la campagne électorale, la question de l’école du futur. Par quel sujet, par quel problème ou dans quel esprit peut-on traiter cet aspect fondamental de notre avenir ? »

Trente six personnes remarquables lui ont transmis des réponses, qu’il est possible de lire ici.

Étrangement (de mon point de vue!) il est très très très peu fait référence aux technologies, à la culture qui prend forme « autour du numérique » ou même à Internet, de façon générale. Je comprends que les réponses demandées étaient très courtes, et que l’école fait également face à bien d’autres enjeux, mais je suis néanmoins renversé par cette quasi-totale absence.

Je pense qu’il faudra que je formule moi aussi une réponse à la question de Jacques Nimier…

Et, je vous invite d’ailleurs faire de même, sous forme de commentaire, à la suite de ce texte.

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Prendre des photos sur Internet, c’est bien… mais le droit d’auteur alors?

20 février 2007 par Clément Laberge

Le fil RSS du Canal PrimTICE me permet de découvrir régulièrement des scénarios pédagogiques intéressants.

Je m’étonne toutefois aujourd’hui de trouver dans la livraison d’aujourd’hui, répertorié sur un site du Ministère de l’Éducation nationale, un scénario d’activité qui, s’il est bien pensé, fait fi des règles les plus élémentaires de respect du droit d’auteur:

Les élèves ouvrent le document…
…ils lancent également le navigateur Internet…
…ils se connectent sur un moteur de recherche…
…ils saisissent le mot clé de l’image à obtenir… 
…ils copient […] l’image, puis la collent dans leur document. 
…ils enregistrent et impriment leur travail.

Source: Rechercher des photographies de Londres, les insérer dans un document OpenOffice

C’est dommage de passer ainsi à côté d’une belle occasion d’éduquer les élèves sur la nature du droit d’auteur, sur le respect de l’oeuvre d’autrui, sur la nécessité de citer sa source quand on emprunte une image, de leur apprendre à chercher plutôt dans des banques d’images où les droits associés aux images sont explicités, etc. Il s’agirait donc d’ajouter cela à l’activité et ce serait très bien.

Autrement, on ne rend service à personne en perpétuant ainsi l’idée qu’on peut piller tout ce qui est accessible par Internet sans aucune règle.

Ou peut-être suis-je trop sévère? Qu’en pensez-vous?

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Wikipedia est un site très bien… qu’il est interdit de citer!

19 février 2007 par Clément Laberge

Aux États-Unis, le Middlebury College vient d’interdire à ses étudiants de citer Wikipedia… sans pour autant dévaloriser l’encyclopédie collaborative :

« Even though Wikipedia may have some value, particularly from the value of leading students to citable sources, it is not itself an appropriate source for citation. »

Et les responsables de Wikipedia sont plutôt d’accord:

« That’s a sensible policy, said Wikipedia’s Sandra Ordonez. Wikipedia is the ideal place to start your research and get a global picture of a topic, however, it is not an authoritative source. In fact, we recommend that students check the facts they find in Wikipedia against other sources. »

(Source: Learning.now: Wikipedia Receives a Citation)

Et vous, dans votre établissement, y a-t-il une politique à cet égard?

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Les turbulences de l’édition scolaire

13 février 2007 par Clément Laberge

Dans un texte bien articulé datant de 2005 — mais qui semble vouloir refaire surface depuis quelques jours — Jean-Pierre Archambault interpelle sévèrement les éditeurs scolaires papier ainsi que les éditeurs de ressources numériques comme ceux qui sont réunis dans le CNS. Quelques extraits de Les turbulences de l’édition scolaire:

« …l’édition scolaire ne peut pas demeurer en l’état. Elle se doit de s’adapter, ce qui ne signifie nullement qu’elle soit condamnée à disparaître, bien au contraire. Simplement, les règles du jeu et les rapports de force changent. Deux attitudes sont possibles. La première, s’arc-bouter sur des situations acquises et confortables, risque fort de mener à terme dans une impasse. […] Deuxième attitude, évoluer, redéfinir son rôle et son utilité sociale, en faire la preuve, se relégitimer. […] Ils doivent également partager la “certification de la qualité”. […] »

« …deux stratégies à venir possibles pour les sociétés d’édition : soit le retour au modèle classique de l’information rigidement liée à son support physique, ce que certaines techniques de marquage pourraient permettre, annulant ainsi les bienfaits économiques de la numérisation et de la mise en réseau ; soit la mise en place d’un modèle nouveau dans lequel la valeur de l’information, construite à partir des services, se réalise selon des modèles économiques divers : abonnements des collectivités locales, facturation à la prestation, participation des opérateurs de télécoms au financement, publicité, parrainage. […] »

« Un modèle économique pour les ressources éducatives doit intégrer l’existence d’une culture du gratuit, les interactions entre le web marchand et le web gratuit, une tendance, encore émergente et pour certains métiers seulement, à des frontières un peu poreuses entre temps de travail et temps de loisir, activité professionnelle et bénévolat, entreprises et associations. […] »

« Alors, vers un « Napster éducatif » d’auteurs-utilisateurs, dans lequel les éditeurs publics et privés trouveraient naturellement leur place, notamment en aidant à faire se rencontrer l’offre et la demande ? Il y de la place pour des synergies et des partenariats regroupant les éditeurs publics et privés, les enseignants et leurs associations, les collectivités territoriales, les structures Éducation nationale comme les inspections académiques ou de circonscription, dans de nouveaux modèles économiques éditoriaux. »

Alors, vous êtes d’accord? Cela ne soulève-t-il pas bien des questions? Êtes-vous prêt à jouer ce jeu? Pourquoi? Est-ce que l’exemple-modèle du Napster éducatif est aussi vertueux que Jean-Pierre Archambault peut le laisser entendre?

Je vous laisse lire le texte entier dans les prochains jours et formuler des commentaires au bas du texte — ce que je ne manquerai pas de faire non plus.

Je me permets par ailleurs de mettre cette réflexion en relation avec cette autre conversation qui a pris forme dans les derniers jours sur le blog de Gilles Jobin, un enseignant québécois en rapport avec la possibilité que les commissions scolaires (ou les académies) puissent payer des enseignants pour produire des capsules vidéos pédagogiques. À lire… et pourquoi ne pas intervenir?

Rappelons également ce texte sur la demande de l’Association EPI concernant les ressources libres en éducation dans le contexte de l’élection présidentielle…

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L’EPI, l’élection présidentielle et les ressources libres

26 janvier 2007 par Clément Laberge

Vincent Olivier, responsable du site lewebpedagogique.com, attire ce matin mon attention sur la lettre que l’Association Enseignement Public et Informatique (EPI) adresse aux candidats à la Présidence de la République. Trois éléments de la lettre retiennent particulièrement mon attention:

  • « Il faut […] des enseignants correctement formés… »
  • « …un obstacle sérieux à un déploiement et à une utilisation généralisée [des TICE] est l’insuffisance notable de personnels de proximité indispensables au fonctionnement quotidien des environnements informatiques… »
  • « …il faut faire davantage place aux logiciels et ressources libres […] c’est un facteur significatif de baisse des coûts et d’indépendance. Le libre est en phase avec les missions du système éducatif et la culture enseignante. Il faut favoriser le développement des ressources pédagogiques libres, de qualité, produites par les enseignants dans des démarches coopératives. »

Si sur les deux premiers éléments tout le monde s’entendra aisément (avec quelques nuances), le troisième est un peu plus polémique — et je le place ici en sachant très bien que plusieurs s’en étonneront, tant parmi les visiteurs du site que parmi les membres du CNS. Et je le fais en toute connaissance de cause. Parce que je suis convaincu qu’il faut aborder ces questions de façon ouverte, dans de nouveaux lieux, où les discussions prennent d’autres formes… et notamment dans les blogs.

Alors, qu’en pensez-vous?

  • Faut-il faire davantage de place aux logiciels et ressources libres?
  • Est-ce que ce type de ressource est vraiment un facteur significatif de baisse de coûts?
  • Que signifie « être en phase avec les missions du système éducatif et la culture enseignante »?
  • Y a-t-il des besoins éducatifs auxquels les ressources libres ne peuvent pas répondre adéquatement aujourd’hui?
  • Et, au fond, qu’est-ce qu’une ressource libre, justement, dans un contexte pédagogique?

Étonnant endroit pour poser ces questions, peut-être… c’est vrai… mais si cela nous permettait d’aborder la question sous un nouvel angle, en évitant le traditionnel clivage (cliché) entre «produits d’éditeurs capitalistes» et «ressources gratuites»?

Je fais le pari que c’est possible.

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