De retour des 12e Rencontres de l’ORME, qui se déroulaient la semaine dernière à Marseille, Lucille Donnat nous offre trois textes via l’Infobourg dont un s’intitule Nouveaux usages, nouvelles offres éditoriales ?. Elle y fait référence à plusieurs interventions d’éditeurs du CNS — dont l’INA, Edumedia et Euro-France — tenues à l’occasion d’une table ronde tenue le 21 mars. Extraits:
« Tous les éditeurs ont tenu à défendre la valeur ajoutée de l’édition professionnelle par rapport à tout ce que le Web peut offrir gratuitement. Ils ont aussi tous rappelé le partenariat très important qui relie les enseignants et les éditeurs. L’usager reste au centre des préoccupations des éditeurs. »
« La question du modèle économique a été évoquée. Selon Caroline d’Atabekian, l’offre numérique a encore du mal à s’installer car le modèle économique n’est pas adapté. Elle considère que les abonnements variables selon le nombre d’élèves par établissement sont injustes. Elle souhaite qu’un meilleur modèle économique puisse être trouvé. »
« Cette table ronde a permis de montrer les divergences entre le point de vue des éditeurs et des enseignants sur l’épineuse question du modèle économique. Mais elle a aussi montré la volonté des deux côtés de continuer à travailler conjointement et établir une vraie complémentarité. »
J’ai envie de dire que c’est bien beau tout ça… mais comment peut-on aujourd’hui travailler ainsi « à établir conjointement une vraie complémentarité »? Quelle expertise reconnaît-on aujourd’hui aux éditeurs? Et surtout, à quelles pratiques les enseignants et/ou les CTICE souhaiteraient que les éditeurs puissent répondre — de façon réaliste, au plan économique, j’entends?
Parce que sur le fond, nous sommes bien d’accord, il faut que les ressources offertes par les éditeurs évoluent rapidement vers d’autres formes: c’est une intention partagée. Et on peut en parler très longtemps, mais si on veut le faire, par où est-il préférable de débuter?
Et peut-on aller jusqu’à se demander sur quelle aide il serait légitime pour les éditeurs de pouvoir compter? Ou même, sans parler d’aide, sur quels messages des pouvoirs publics les éditeurs devraient-ils être en mesure de s’appuyer? Quand on affirme encore aujourd’hui « qu’en 2007, tous les élèves et tous les enseignants, de la maternelle à la terminale, devraient pouvoir disposer d’un bureau virtuel » (Educnet) et qu’on rencontre des académies qui nous disent que leur plan prévoit qu’au mieux en 2012 ils auront complété le travail pour les collèges et les lycées… je pense que je peux légitimement soulever ces questions au nom des éditeurs qui ont cru au modèle des ENT au point d’y investir lourdement.
J’irai même plus loin en suggérant que si plusieurs critiques adressées aux éditeurs sont probablement fondées, il est néanmoins tout à fait injuste d’affirmer de façon péremptoire — comme je l’ai souvent entendu à l’ORME — que les usages des ressources numériques ne se développent pas « simplement parce que l’offre des éditeurs ne correspond pas à la demande ». C’est trop facile! Quelle est-elle cette demande? Il faut voir sa complexité, tant au plan technique (évitons l’énumération) qu’en termes pédagogiques où, si on entend beaucoup les pionniers des TICE exprimer leurs souhaits… ce ne sont pas toujours les mêmes besoins qui nous sont remontés dans toutes les classes.
Bien sûr, que c’est le métier de l’éditeur que de pouvoir s’adapter, et de savoir développer des produits qui peuvent s’adapter à différentes clientèles (encore qu’il y a forcément une période d’apprentissage pour arriver à le faire aussi bien dans un environnement numérique que sur le papier). Bien sûr c’est plus facile de le faire avec les enseignants. Bien sûr que c’est ce que nous tentons de faire…
Je pense qu’il est néanmoins pertinent de s’interroger, collectivement, aujourd’hui, sur la place que nous souhaitons voir prise par les éditeurs dans l’écosystème scolaire; sur les coûts qui sont légitimement associés à ce rôle; sur la part d’idéologie qu’il est raisonnable de mettre dans les réponses qu’on apportera à ces questions; ainsi que sur les standards qui pourront servir à évaluer leur performance — notamment en termes de statistiques.
Sur cela (la dimension statistique), j’aurai d’ailleurs sans doute l’occasion de revenir dans les prochains jours…